vendredi 21 septembre 2007

Mon inconscient est un raciste...

Dans son édition du 21 septembre, Libération met en lumière un très scientifique "test grand public de l'observatoire des discriminations". De quoi se faire peur à soi-même.

Question piège : quel adjectif attriburiez-vous au prénom Mohammed ? Plutôt "serviable", "peu fiable", "tolérant" ou "malhonnête" ? A priori des choses positives. Oui nous dit Jean-François Amadieu, chercheur à l'Université Paris I Panthéon Sorbonne, mais c'est parce que notre conscience et notre morale nous interdit de formuler des a priori négatifs.

Maintenant, la même question, noyée parmi des dizaines d'autres mots (positifs et négatifs) et d'autres prénoms (francophone et maghrebins) et à laquelle il faut répondre en deux secondes. C'est l'objet du test mis en ligne sur le site de l'observatoire des discriminations. Le but de la démarche ? Pas de stigmatiser nos préjugés refoulés. Plutôt des les analyser. Afin de montrer à quel point l'éducation, l'environnement et la culture dont chacun s'est imprégné.

Si l'on a assez de distance pour prendre le résultat comme une observation scientifique, le test vaut le coup d'être tenté. Alors si vous vous sentez l'envie de visiter votre inconscient... Quatre tests vous attendent ici : vos préjugés sur les noirs, les maghrebins, les seniors ou encore les femmes.

vendredi 14 septembre 2007

Le petit rapporteur, si près, si loin

Alors que Jacques Martin, son grand timonier, nous a quitté ce matin, retour sur une émission télé de légende qui a, entre autres, inventé tous les classiques de l'humour d'aujourd'hui.

Ils s'appelaient Pierre Bonte, Stéphane Collaro, Daniel Prevost, ils se sont depuis confondus dans des navets innomables et des jeux télés à l'huile de noix. Même le plus illustre d'entre eux, le grandissime Pierre Desproges aurait sans doute suivi la même fin tragi-comique.

Arrivé à l'antenne en janvier 1975, l'ovni télévisuel du dimanche ne survivra que jusqu'en juin 1976. Soit approximativement la durée de l'état de grâce du tout fraîchement élu Giscard d'Estaing. Pendant toute sa durée de vie, l'équipe de Jacques Martin sera en fait liée au destin du président. Elu en 1974, Giscard s'attache au début de son mandat à américaniser la fonction de président de la République. Il joue au foot au 13h, il skie au 20h, il laisse sa femme nous souhaiter une bonne année 1976 et il ne parle pas anglais mais alors pas du tout. Faites le parallèle. Ca y est? Maintenant trouvez une émission du dimanche après-midi qui dézingue l' omniprésident...

De tout ça, le petit rapporteur s'en est allègrement moqué, quitte à subir un remonté de bretelles puis être menacé de censure. Pour finalement être supprimé en juin 76, pour on ne sait plus très bien quelles raisons mais on a bien une petite idée. Le petit rapporteur c'était bien sur Daniel Prevost et le village de Montcuq, Desproges et l'interview de Françoise Sagan (qui fait tout de suite passer Raphaël Mezrahi de génie à imitateur moyen) ou encore la bataille de boudins blancs de ces deux-là.


jeudi 13 septembre 2007

La concept food m'a tuer

Moi, quand je cherche de l'originalité dans ma pause déjeuner, je ne fais pas comme le commun des mortels. Non moi je préfère aller manger du concept. C'est plus tendance.

Et autant prévenir tout de suite, on est prié d'apporter son cerveau dans ces restaurants estampillés concept food ou ces salad bars. Oui, ici, les ingrédients sont des toppings, les machins dans des tortillas sont des wraps, on trouve plus de sortes de jus de goyave que de cocas et, non monsieur, on ne peut pas amener son manger. C'est bio, c'est frais (chez Exki, on dit "natural, fresh and ready") c'est toujours décoré mieux que chez soi, on y écoute toujours de la musique very lounge et... c'est cher.

Choisissons le must have : la salade à composer soi-même. Les ingrédients, pardon les toppings, sont alignés en face de soi. Ça ne s'invente pas, ils doivent être génétiquement traités pour avoir l'air de dire (en gros hein, c'est empirique) : "prends-moi je serais vachement à ma place dans ta salade". Surtout les tomates cerises à 1,50€ qui se la pètent parce qu'elles sont 1€ plus chères que leurs cousines coupées en vrac. AU final on s'en tire toujours pour plus de 10€. Logique quand on sait que la base de salade se paye rarement moins de 5€.

Mais l'argent n'est pas tout. Après tout, c'est bon ? Ben oui évidemment. C'est le propre des grandes arnaques culinaires. Quel durée de vie aurait eu Mac Do si le Big Mac n'avait pas été si finement goûtu? Malgré le quart de seconde de culpabilité, on retourne toujours dans les concept food comme on revient inexorablement au Mac Do.

Alors parce qu'on vit pour manger (et non manger pour vivre), je retournais chez Bert's, chez Exki, chez Fin's Herb, chez Jour et autres... Mon PEL ne tiendra pas l'année mais tant pis je mangerais sain ou je ne mangerais pas. Ou je ne mangerais pas sain. Je sais plus...

mercredi 12 septembre 2007

Ma trousse, mon cartable, mon blog...


Mes petits papiers, saison 2. Après un bref repos estival de plus ou moins 3 mois, il est temps de se remettre à un rythme syndical décent. Et pour cause, les actionnaires râlent, le résultat d'exploitation du dernier exercice n'est pas brillant, les dividendes ne suivent pas, le cours a perdu 20% en bourse, un plan social est à prévoir, voire une délocalisation en Meurthe-et-Moselle.

Après temps à tout casser cet été, si tant est que vous ayez eu la bonne idée de choisir le Maroc et la Suède, le retour au pays est source d'inspiration. Eh oui, l'omniprésident Sarkozy a justement profité de mon absence pour supprimer le droit de grève, rétablir la monarchie, se faire effacer les bourrelets etc etc... Et puis il y a Ségolène, François et les autres et puis la folie rugby et puis... mes petits papiers.

vendredi 10 août 2007

Courrier d'Afrique

Voilà la réponse de plusieurs écrivains africains faisant suite à la venue du président français au Mali, au Sénégal et au Benin le mois dernier, où celui-ci affirma que les peuples d'Afrique ont leur part de responsabilité dans les évènements qui détruisent leur continent depuis plus de 4 siècles.


Vous étiez venu dites-vous à Dakar nous parler — nous les Africains —, avec franchise et sincérité, vous étiez donc venu avec tout le fond de votre pensée, car c’est ainsi je crois qu’on qualifie la franchise et la sincérité, un échange sans fard et sans arrière-pensée. Nous prenons donc acte de la conception que vous avez de ce continent et de ses habitants. Vous étiez venu dites-vous pour nous assurer que la France s’associera à nous si nous voulons la liberté, la justice et le droit, mais permettez-moi d’être franc et sincère également.

Au lendemain de votre discours, que faisiez-vous donc avec Omar Bongo, quarante ans de règne dans la dictature, un doyen dites-vous, et quel doyen dans la corruption et l’aliénation de son pays ! De quelle liberté, de quelle justice, de quel droit parlez-vous ? Je n’ose même pas vous poser la question concernant votre sourire à cet autre grand dictateur africain : Muammar al-Kadhafi ! Que dire du don nucléaire que vous lui promettiez ? Il serait maintenant fréquentable ? Sincèrement ? Mais soit… Nous les Africains manquons un peu de raison et ne comprenons pas ces subtilités qui nous éloignent de la nature et de l’ordre immuable des saisons.
Vous étiez donc venu — vidi vici complétera l’autre, regarder en face notre histoire commune. Fort bien ! Votre posture tombe à propos pour une génération d’Africains et de Français avides de comprendre enfin ces drames continuels frappant l’Afrique. Il nous reste simplement à tomber d’accord pour définir le sens de ce mot histoire. Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’Europe s’est partagé notre continent. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique, et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature. Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette histoire que vous semblez fort mal connaître. Nos pères, par leurs luttes sont entrés dans l’histoire en résistant à l’esclavage, nos pères par leurs révoltes, ont contraint les pays esclavagistes à ratifier l’abolition de l’esclavage, nos pères par leurs insurrections — connaissez-vous Sétif 1945, connaissez-vous Madagascar 1947 ? ont poussé les pays colonialistes à abandonner la colonisation. Et nous qui luttions depuis les indépendances contre ces dictateurs soutenus entre autres par la France et ses grandes entreprises — le groupe de votre ami si généreux au large de Malte par exemple, ou la compagnie Elf.

Savez-vous au moins combien de jeunes Africains sont tombés dans les manifestations, les grèves et les soulèvements depuis cette quarantaine d’années de dictature et d’atteinte aux droits de l’homme ?

Fait-on partie de l’histoire quand on tombe dans un coin de rue d’Andavamamba, les bottes des militaires foulant votre corps et vous livrant aux chiens ? Croyez-vous vraiment que jamais l’homme (africain) ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ? Jamais dites-vous ? Devons-nous l’interpréter comme ignorance, comme cynisme, comme mépris ? Ou alors, comme ces colonisateurs de bonne foi, vous vous exprimez en croyant exposer un bien qui serait finalement un mal pour nous. Seriez-vous aveugle ? Dans ce cas, vous devriez sincèrement reprendre la copie nous concernant. Vous avez tort de mettre sur le même pied d’égalité la responsabilité des Africains et les crimes de l’esclavage et de la colonisation, car s’il y avait des complices de notre côté, ils ne sont que les émanations de ces entreprises totalitaires initiées par l’Europe, depuis quand les systèmes totalitaires n’ont-ils pas leurs collaborateurs locaux ? Car oui, l’esclavage et la colonisation sont des systèmes totalitaires, et vous avez tort de tenter de les justifier en évoquant nos responsabilités et ce bon côté de la colonisation. Mais tout comme vous sûrement, nous reconnaissons qu’il y a eu des «justes». Or vous savez fort bien que les justes n’excusent pas le totalitarisme. Vous avez tort de penser que les dictateurs sont de nos faits. Foccart vous dit peut-être quelque chose ? Et les jeux des grandes puissances — dont la France évidemment, qui font et défont les régimes ? Paranoïa de notre part ? Oui, nous devons résister, et nous résistons déjà, mais la France est-elle franchement de notre côté ? Qui a oublié le Rwanda ? Vous appelez à une «renaissance africaine», venez d’abord parler à vos véritables interlocuteurs, de ceux qui veulent sincèrement et franchement cette renaissance, nous la jeunesse africaine, savons qu’ils ne se nomment pas Omar Bongo, Muammar al-Kadhafi, Denis Sassou Nguesso, Ravalomanana ou bien d’autres chefs d’Etat autoproclamés démocrates.

Nous vous invitons au débat, nous vous invitons à l’échange. Par cette lettre ouverte, nous vous prenons au mot, cessez donc de côtoyer les fossoyeurs de nos espérances et venez parler avec nous. Quant à l’Eurafrique, en avez-vous parlé à Angela ?


Sincèrement et franchement à vous.


Antananarivo, le 3 août 2007

Raharimanana et les écrivains

Boubacar Boris Diop (Sénégal),

Abderrahman Beggar (Maroc, Canada),

Patrice Nganang (Cameroun, Etats-Unis) Koulsy Lamko (Tchad),

Kangni Alem (université de Lomé),

et l’éditrice Jutta Hepke (Vents d’ailleurs).

 

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